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Quelque 55 millions d’Iraniens sont appelés aux urnes le vendredi 19 mai pour désigner leur président. Parmi les six candidats initialement déclarés, Mohammed Bagher Ghalibaf, le maire de Téhéran s'est retiré de la course lundi 15 mai, et a appelé à voter pour Ebrahim Raissi, principal rival du président sortant Hassan Rohani. Le lendemain, le 16 mai, Eshagh Jahangiri jette l’éponge, lui aussi, et appelle ses partisans à soutenir Hassan Rohani.





Journalistes : Marc Etcheverry (texte), Véronique Barral (Coordination éditoriale)
Graphisme et développement : Studio Graphique France Médias Monde
Directeurs de publication : Christophe Champin et Darya Kianpour (RFI)
Photos : AFP, Getty, Reuters, RFI

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Hassan Rohani

Réformateur

Age : 68 ans
Fonction actuelle : président de la République islamique d’Iran
Région d’origine : province de Semnan (Nord)
Sensibilité politique : réformateur

Ouverture. Après un premier mandat de quatre ans, Hassan Rohani est aujourd’hui candidat à sa succession. En juin 2013, il est élu président de la République islamique d’Iran sur un programme d’ouverture du pays vers l’Occident. Devenu candidat unique du camp « modéré », soutenu par les anciens présidents réformateurs Hachémi Rafsanjani et Mohammad Khatami, il l’emporte à la surprise générale dès le premier tour avec 50,7% des suffrages face à un camp conservateur divisé. Le religieux s’inscrit alors dans les pas de ses soutiens, se défendant d’être un « aventurier » mais il affirme que son gouvernement ne sera pas non plus celui de la « reddition ».

Nucléaire. Le programme nucléaire de l’Iran, qui s’est accéléré sous la présidence Ahmadinejad, a entraîné un alourdissement des sanctions qui pèsent fortement sur l’économie. Lors de son élection en 2013, Hassan Rohani connaissait déjà bien le dossier. De 2003 à 2005, il était le chef des négociateurs sur le nucléaire, période au cours de laquelle il a gagné le surnom de « cheikh diplomate ». Le 14 juillet 2015, à l’issue de 21 mois de négociation, un accord a été signé entre Téhéran et les grandes puissances permettant un encadrement des activités nucléaires de l’Iran en échange d’un allègement des sanctions.

Mitigé. Mitigé comme le bilan de Rohani à la présidence du pays. Certes l’accord historique passé avec les puissances occidentales a permis de desserrer l’étreinte autour de l’économie iranienne, mais beaucoup d’Iraniens n’en voient pas encore les effets concrets dans leur quotidien. Plus gênant pour le président sortant, les jeunes et les femmes espéraient plus d’avancées dans le domaine des libertés publiques. Un électorat traditionnel pour les réformateurs qu’il faudra convaincre de retourner aux urnes malgré la déception.

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Ebrahim Raissi

Conservateur

Age : 56 ans
Fonction actuelle : président de la fondation Astan Qods Razavi
Région d’origine : province du Khorasan-e-razavi (Nord-Est)
Sensibilité politique : conservateur

Justice. Ebrahim Raissi entre dans le système judiciaire à l’âge de 20 ans comme procureur de la ville de Karaj, avant d’être nommé vice-procureur à Téhéran en 1984. Il est accusé d’avoir approuvé l’exécution, en 1988, d’au moins 5 000 prisonniers politiques alors qu’il était vice-procureur de la capitale, responsabilité qu’il n’a jamais reconnue en public. Il poursuivra sa carrière dans la justice jusqu’au poste de procureur général d’Iran, en 2014. Carrière qui l’a privé néanmoins d’expérience en politique.

Guide. « Qu’est venu faire Raissi dans cette présidentielle ? » Beaucoup d’experts se sont posés cette question. Ultra conservateur et proche du Guide Ali Khamenei, l’ancien procureur fait partie des favoris pour lui succéder. Or une défaite significative dans cette présidentielle serait à coup sûr un handicap dans cette perspective.

Mashhad. La deuxième plus grande ville du pays, située dans le Nord-Est, est aussi le bastion de Raissi. Il y est né, et son beau-père est le représentant du Guide dans la province. Surtout, depuis l’année dernière, Ebrahim Raissi est à la tête de la Fondation du sanctuaire de l’Imam Reza (le huitième imam chiite). Une fondation qui gère d’immenses richesses et possède bon nombre des infrastructures qui équipent la province du Khorasan-e-razavi.

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Mohammad Bagher Ghalibaf

Conservateur

Age : 55 ans
Fonction actuelle : maire de Téhéran
Région d’origine : province du Khorasan-e Razavi (Nord-Est)
Sensibilité politique : conservateur

Armée. Mohammad Bagher Ghalibaf a-t-il une « mentalité de caserne », comme l’affirmait déjà Hassan Rohani lors de la précédente présidentielle ? En tout cas, le CV du maire de Téhéran est émaillé de références militaires. A 19 ans, il commande déjà, lors de la guerre Iran - Irak, ses propres troupes et prend rapidement du galon jusqu’à atteindre, à 35 ans, le grade de général de brigade. Il prendra ensuite la tête des forces aériennes des Gardiens de la révolution avant d’être nommé responsable de la police iranienne en 1999.

Téhéran. En 2005, Ghalibaf succède à la mairie de Téhéran à Mahmoud Ahmadinejad, qui vient d’être élu à la présidence. Ses nombreux chantiers dans la capitale lui valent l’image d’un « homme d’action ». Mais le bilan reste mitigé, notamment en ce qui concerne le niveau de pollution, toujours très élevé. A cela s’ajoute une série de scandales (soupçons de corruption, mort de pompiers dans l’incendie d’une tour) qui ont terni sa réputation ces derniers mois.

Pauvreté. Mohammad Bagher Ghalibaf se pose, dans cette campagne, en défenseur des couches défavorisées, accusant l’actuel président d’être le candidat « des 4% » les plus riches du pays. Il prône notamment une augmentation des aides directes, la construction de logements sociaux et la création de cinq millions d’emplois.

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Eshagh Jahangiri

Réformateur

Age : 59 ans
Fonction actuelle : premier vice-président d’Iran
Région d’origine : province du Kerman (Sud-Est)
Sensibilité politique : réformateur

Mines. Après cinq années passées à la tête de la province d’Ispahan, il est nommé au ministère des Mines en 1997. Un secteur qu’il administrera jusqu’en 2005, sous la présidence Khatami.

Ombre. Eshagh Jahangiri n’en est pas à sa première campagne, mais il a passé les précédentes dans l’ombre d’autres candidats réformistes. En 2013, il coordonne ainsi celle de Hachémi Rafsanjani, qui sera finalement écarté de la course à la présidence.

Soutien. Jahangiri n’est pas premier vice-président pour rien, c’est un proche de l’actuel président Hassan Rohani. D’ailleurs, lors de l’officialisation de sa candidature, il n’a pas fait mystère de la tournure que prendrait sa campagne, l’objectif étant avant tout de défendre le bilan de l’administration sortante, donc le bilan de Rohani. Défendre, mais aussi attaquer. Jahangiri s’est montré très offensif contre les candidats conservateurs lors du premier débat télévisé.

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Mostafa Mirsalim

Conservateur

Age : 69 ans
Fonction actuelle : professeur d'ingénierie mécanique, membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime
Région d’origine : province de Téhéran (Nord)
Sensibilité politique : conservateur

France. Mostafa Mirsalim a fait une grande partie de ses études en France. Précisément à Poitiers, où il a étudié la mécanique et la thermodynamique. Des notions qu’il a enseignées à son tour à l’université Amir Kabir de Téhéran. Il a d’ailleurs fait une partie de son annonce de candidature en français.

Culture. En 1994, il devient le ministre de la Culture et de la Guidance islamique sous la présidence Rafsanjani. Un mandat marqué par la fermeture de plusieurs journaux et la censure de nombreuses productions cinématographiques, notamment après l’instauration d’une nouvelle règlementation dans le secteur en 1996. Son passage à ce ministère s’inscrit dans une période considérée comme la plus sombre pour la presse et la culture.

Bazar. Mostafa Mirsalim a été investi par l’une des plus anciennes formations conservatrices du pays, le Parti de la coalition islamique, aussi appelé « parti du bazar » pour ses liens avec le grand marché de Téhéran.

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Mostafa Hashemitaba

Réformateur

Age : 69 ans
Fonction actuelle : aucune
Région d’origine : province d’Ispahan (Centre)
Sensibilité politique : réformateur

Expérience. Mostafa Hashemitaba est un vétéran de la politique iranienne, ayant servi sous plusieurs gouvernements des années 1980 à 2000. Il fut notamment vice-président et ministre des Mines. En 2001, il était déjà présent dans la course présidentielle mais ne finira qu’à la 10e place. Aujourd’hui, il brigue à nouveau ce mandat.

Olympisme. Hashemitaba a eu un rôle actif dans le sport iranien au tournant du XXIe siècle, en tant que responsable de « l’éducation physique » et du Comité olympique iranien. Alors qu’il est à ces responsabilités, la fille du président Rafsanjani, Faezeh, est nommée à la tête du Comité olympique des femmes et milite pour l’accès des femmes aux compétitions sportives.

Environnement. Depuis le début de la campagne, Mostafa Hashemitaba a multiplié les déclarations alarmistes sur l’état de l’environnement en Iran et sur la nécessité de prendre des mesures fortes, notamment pour endiguer la disparition des nappes d’eau souterraines.